La morale et le référencement

Pourquoi ce billet

Il y a quelques jours, j’ai croisé la route d’une très bonne opportunité. Une circonstance qui me semble être une veine pour un référenceur. Cette opportunité, c’était une porte grande ouverte à de bons résultats quasi assurés. Cette opportunité, elle relevait d’une méthode de réféncement noir. Je ne m’y suis pas jeté dessus, la faute à une question d’éthique, de morale : profiter de cette aubaine me dérangeait.

Suite à cet épisode, j’ai souhaité revenir sur cette question, et même l’étendre plus largement à la place de morale et de l’éthique au sein du référencement, le noir plus précisemment.

Ce billet, c’est une façon de disserter ouvertement, mais aussi de rassembler différents avis sur ce sujet qui me semble très intéressant.

Rappel : Le black hat, c’est quoi

Sur Internet, la course au positionnement est devenue féroce. Très féroce même. On peut le comprendre, un site en première position sur un milieu concurrentiel est la meilleure vitrine que l’on peut trouver. En parallèle de ça, un site absent des (de la ?) premières pages Google est considéré, quasiment, comme inexistant.

Cette course à la première page pousse ceux qui souhaitent se positionner à toujours faire évoluer leurs méthodes de référencement, à trouver de nouveaux leviers de manœuvre. Chaque SEO conviendra qu’il est d’ailleurs très passionnant d’essayer de comprendre comment fonctionnent ces indexations et ces classements.

Le grand chef Google met à disposition ses méthodes dites « approuvées » et conseillées pour obtenir un bon référencement : les guides lines Google. Cependant, il existe bien des façons de feinter, de contourner ces « bonnes méthodes ». Faire croire à Dieu qu’un site est plus pertinent qu’il ne l’est, lui faire comprendre plus rapidement, ou en tout cas qu’il en a une plus grosse que les autres, est devenu l’objectif premier d’un référenceur.

Pour atteindre cette sainte première position, certains ne respectent pas volontairement les consignes de papa, et agissent sur tout un tas de commandes non appréciées de Google (car perçue comme tentative de tromperie) pour tenter de décrocher la première place du podium, synonyme de trafic.

Pour faire bref, l’utilisation de ces méthodes jugées comme trompeuses (voir à la limite de la légalité pour les plus costaudes), susceptibles d’être pénalisées sur le long terme est ce qu’on appelle le seo black hat.

Note : De très bons articles sur les différences entre white hat et black hat sont présents sur ce blog mais aussi sur le formidable blog de l’agence axe-net

La petite contradiction de Google

Une stratégie de référencement n’est, je pense, jamais toute blanche, ou toute noire. Forcément, même les SEO les plus téméraires tenteront de montrer pattes blanches pour s’accréditer d’un maximum de crédibilité aux yeux de Google, et essayeront de mettre en avant leurs bons respects des guide-lines. Il savent aussi que sur le long terme, ils devront améliorer et humaniser leurs méthodes.

En parallèle de ça, les SEO aussi innocents que des colombes de 3 jours, qui prônent le service de l’utilisateur, auront les mêmes objectifs que les autres : titiller la première position. Ces chapeaux blancs, au final, respecteront les conseils de Google, MAIS dans un but d’optimisation, qui est déjà à mon sens une façon de dire : « Mon site est bien, mets moi au dessus de celui du voisin, stp ». Les chapeaux blancs sont ils au final au service de l’utilisateur, ou de Google ? Le juste milieu est il me semble l’idéal… mais on perd déjà un peu de sa blancheur immaculée.

Au final, peu de catégories de contenu seront selon moi parfaitement qualitatives en première intention : le contenu de madame Michu, par exemple, qui ne connait rien au référencement (elle sera la seule à vraiment agir en toute candeur dans l’élaboration de son contenu), ainsi que contenu accessible, adapté aux personnes handicapées. Des articles existent déjà sur la compatibilité entre le SEO et l’accessibilité, vous pourrez en savoir plus sur cet article de l’accessiblog à ce sujet.

Cette petite aparté fera l’affaire d’un article ultérieur sur le référencement des contenus « innocents ». Je ne vais pas m’attarder sur la différence entre Black Hat SEO et White Hat SEO, la frontière est bien trop floue pour être synthétisée, et ce serait pour le coup trop long et un peu hors sujet pour ce billet.

Cas particulier

Revenons à nos moutons, sur le coeur de l’objet de ce billet.  Il y a quelques jours, donc, je suis tombé sur un nom de domaine expiré, comme j’en ai pris l’habitude, je regarde un peu son potentiel récupération (pagerank, nombre de backlink, alexa rank, etc…), le plus souvent par curiosité .

Cette fois, c’était un bon coup. Je tombe sur un gros pagerank, avec une très bonne quantité de backlinks, quasi tous sur la même thématique, et une date de création correcte (presque 3 ans). C’est trop beau, n’est ce pas ? Facile à faire revivre, probablement de nombreuses visites seulement par ces backlinks. De nombreuses possibilités de résurrection : la facile 301, remontage apparemment facile sur les mots clés, utilisation de toute sorte. Bref, une belle opportunité… et pourtant.

Et pourtant quelque chose me dérange dans l’idée de récupérer ce nom de domaine, pourtant libre. Ce n’est pas la technique, ni la loi, qui m’empêche de le récupérer, mais bien ma conscience.

Au travers de tous ces backlinks, on s’attend à rejoindre un site autre que celui que je pourrai placer (ou vers lequel je pourrais rediriger), n’est-ce pas mentir à l’internaute ? Plus encore : sur ce site, de nombreuses personnes ont du travailler et suer pour en arriver là, pour avoir autant de reconnaissance. Récupérer ce nom de domaine n’est il pas une opportunité malsaine ? N’est ce pas un peu un vol de notoriété, notoriété à laquelle je n’aurai aucunement participé ? Cet aspect de récupération me dérange.

Dans la vraie vie, comment ça se passerait ?

Faisons une analogie avec un exemple de la rue d’en bas du bureau. Un formidable disquaire propose ses services : il est excellent, il propose beaucoup d’offres et est reconnu dans son domaine. On parle de lui, un peu de partout, son enseigne a désormais une popularité certaine sur son domaine d’activité. Un jour, il ferme. L’enseigne est libre pour un nouvel investisseur : même adresse, même numéro, même nom. Seuls les gérants changent, comme pour n’importe quelle reprise de commerce. Ca ne choque personne, en effet. Et pourtant, sur le web, la saveur de la récupération d’un domaine n’a t’elle pas un goût plus amer ? J’ai l’impression que ce goût d’embarras d’arrière fond m’est trop fort, malgré l’opportunité d’une activité florissante.

Pourtant, j’en ai vu des vertes et des pas mures

Pour survivre parmi ce monde professionnel, il faut se battre, c’est un peu la jungle, la loi du plus fort (ou du meilleur). Et je sais que cette opportunité sera très vite lointaine. Business is business, comme dirait l’autre. La concurrence, la compétitivité, tout ça passe par une farouche lutte.

Certains (la plupart ?) ont moins (pas ?) de scrupules. Il y a peu, un des sites sur lequel je travaille a été victime d’une attaque du type « négative SEO », un bon coup derrière la nuque pour enfoncer un site où la concurrence est plus que rude… et où au final, le référencement noir (ou au moins gris foncé) est une condition sine qua none à l’existence sur les moteurs de recherche. Le négative SEO, passionnant tant par son coté tactique que technique, mais tellement à mon sens abandonné de toute éthique humaine.

Le SEO, compétition permanente

Le seo, c’est une lutte permanente avec Google, le convaincre que notre site est celui qui mérite toute son approbation et ainsi la première place, mais aussi face à nos confrères référenceurs. C’est ce coté compétition qui rend, je trouve, ce métier si passionant. Se creuser pour trouver la stratégie gagnante, celle qui fera qu’une campagne référencement est gagnante. Mais jusqu’où la compétition est elle ouverte ? Sommes nous dans un match à mort où l’on viendra à piéger les voitures de ses confrères (j’déconne hein, partez pas) ?

Tout l’objet de ce billet tourne autour de ces questions : Y’a t-il des limites éthiques au référencement ? La morale intervient-elle dans vos choix de référencement ? Non ? même pas dans le cadre professionnel où personne ne semble vous faire de cadeau ?

Votre avis m’intéresse.

A propos de François Deléglise

Attiré par le multimédia depuis de nombreuses années, j'ai découvert le référencement lors d'un stage de fin d'études en IUT GEii (Lyon, 2008), je suis passionné par le SEO depuis cette date. Je suis diplômé en développement Web (licence MIW de Gap, 2010) et en gestion de projet (Master2 Ingémédia, Toulon, 2012).

Depuis la fin de mes études, je travaille avec l'équipe de Wanadev (Lyon) en tant que chef de projet, développeur symfony2 et référenceur.

8 thoughts on “La morale et le référencement

  1. L’éthique et/ou la morale en référencement c’est surtout vis à vis du client, lui dire l vérité sur les actions que l’on va mettre en place pour améliorer sa visibilité, après chacun midi à sa porte en ce qui concerne les clients à prendre ou a refuser. En ce qui concerne les NDD expirés perso c’est une réelle opportunité pour gagner du temps via un 301 ou un site satellite voir dans le meilleur des cas remonter un site dessus, l’ancien proprio pour des raisons perso à laisser tomber le NDD, libre à lui et donc libre à toi de le racheter, il n’y a la dessus a mon sens aucun problème éthique, strictement aucun.

    • Bonjour Clément,
      pas mal de mes connaissances et amis du milieu m’ont donné leur avis, et il correspondent exactement au tiens : l’aspect « honnêteté » avec un client dans le cadre professionnel.

      Merci pour nous avoir donné ton avis sur la question.

  2. je pense qu’il y a bien pire que racheter un ndd expiré et s’en servir.
    Si il y avait des risques de pénalité, je comprendrais, mais ce n’est pas le cas..
    Effectivement c’est ton choix, tu places ton curseur ou tu le souhaites.
    Au final, est ce que quelqu’un d’autre que toi a acheté le ndd à ce jour ?

    • Bonjour, et merci pour ton avis.
      Oui, le nom de domaine a été pris de nouveau, et placé en parking. Je ne me fait pas de soucis, d’autres opportunités dans ce genre arriveront de nouveau.

      En fait, ce billet, c’était surtout l’occasion d’ouvrir la discussion, ça ne m’empêchait pas de dormir, et ça ne m’en empêchera pas non plus qu’il soit désormais réservé. Ça aura servi à avoir l’avis de la communauté quant à la présence de la morale autour du référencement, et l’échange est je trouve plus intéressant qu’un ndd qui s’échappe ;) !

      merci en tout cas pour les retours.

    • Mouef says:

      N’importe quoi M. Netlinker …

      Un ndd qui à un passif de bl crados (Sick, LFE, & co), qui s’est fait shooté et qui a expiré, ne perd pas automatiquement sa pénalité à la reprise.
      Des ndd expirés j’en ai acheté des centaines à une époque (pour mes clients, mes linkwheels, ou les linkwheels de mes clients), et un bon paquet était souvent pénalisé et impossible de les faire remonter dans les SERP.
      J’en ai aussi shooté un max, avec des VM qui envoyaient 5K de bl/24/7 dessus et, crois moi, même ayant été repris 5 ans après et ayant passé plus d’un an pour certains en étant expirés, les repreneurs s’en mordent toujours les doigts.

      Google garde en cache certaines données sur plusieurs années, j’ai même des MC qui remontent sur des ndd avec moult 301 (nddexpiré->301->nddexpiré->301->ndd, etc).

      Faut qu’on vous rappelle pandanraol M. Netlinker ? Pas assez traîné aux soirées SEOSphere ?

      @François: Vraiment sympa ton blog. Je suis arrivé dessus en cherchant le filtre truncate de Twig. Content que tu aimes SF2, par contre le SEO, mouerf, vomi, vomi … une fois que tu aura bien trempé dans la culture BH, à mon avis tu en sera vite dégoûté. En tout cas moi je ne peu plus encadrer le SEO.

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